Interview de Michel TEULET, Maire de Gagny

Michel Teulet

 

Depuis plus de 20 ans, je n’augmente pas les impôts locaux.

La Cour des Comptes vient, une nouvelle fois, de souligner la dérive des finances publiques. Au niveau de votre commune cela vous interpelle-t-il ?

Michel Teulet : Chacun doit se sentir interpellé. Depuis une quarantaine d’années les règles des finances publiques ont été ignorées. On a commencé à dépenser plus que les recettes et la France continue de vivre à crédit. Aujourd’hui, une centaine de milliards d’euros de déficit est laissée à la charge de nos enfants et petits-enfants.

Cela veut-il dire que les impôts nationaux ont été trop faibles ?

Michel Teulet : Certainement pas. La France détient le record du monde des prélèvements. Nous en sommes aujourd’hui à 56%.

Quel est le poids des communes dans cela ?

Michel Teulet : Faible. Je rappelle que les communes ne peuvent pas avoir de déficits de fonctionnement. Les dépenses sont égales aux recettes. Elles ne peuvent emprunter que pour investir.

Et ici à Gagny ?

Michel Teulet : L’un des piliers de mon action a été de ne pas augmenter le taux des impôts locaux. Je le propose chaque année au Conseil municipal, depuis plus de 20 ans.

Pourtant, vous avez beaucoup investi. Comment ?

Michel Teulet : En rationalisant toutes les dépenses. Nous avons, malgré la création de nombreux équipements, arbitré le niveau de chaque dépense afin de dégager des économies, pour faire ce qu’on appelle de l’autofinancement. Ainsi, chaque année, nous avons, d’abord, emprunté moins que ce que nous remboursions et, depuis 8 ans, nous n’empruntons plus du tout. Lors de ma première élection comme Maire, la dette représentait 98% des recettes d’une année de budget ; en 2019 nous serons descendus à 29%.

Avec un écart de revenus de 1 à 5, la France est le pays le plus redistributif du monde.

L’actualité nationale met en lumière une forte demande de plus de justice sociale, de plus d’aides, de moins d’impôts, comment entendez-vous cela ?

Michel Teulet : La réalité ce n’est pas vraiment cela, mais dans ce domaine c’est le ressenti qui parait être la réalité. La France est le pays le plus redistributif du monde. L’écart des revenus est de 1 à 20. Après l’intervention de l’État, prélèvement d’impôts divers d’un côté, versement d’aides de l’autre, cet écart n’est plus que de 1 à 5. Le problème c’est que le système est devenu incompréhensible. Alors dans les manifestations actuelles, il y a à la fois la revendication pour moins d’impôts et en même temps celle de plus d’aides, de plus de services publics, de plus de solidarité.

Cette solidarité est-elle vécue à Gagny ?

Michel Teulet : L’action municipale est marquée par la solidarité. Tout d’abord, aucun service municipal n’est facturé à son coût réel, parfois de très loin. Ensuite, s’y ajoute l’application du quotient familial, dans les domaines essentiels, qui prend en compte les revenus et la situation familiale. Le prix payé par l’administré-consommateur peut varier de 1 à 8.

Aucun service municipal n’est facturé aux Gabiniens à son coût réel.

Pouvez-vous donner quelques exemples ?

Michel Teulet : Deux exemples les plus représentatifs. La restauration scolaire d’abord. Un repas tout compris (hors investissement) revient à 9,20 euros, il est facturé aux familles entre 0,80 euros et 4,20 euros. Ensuite les crèches. Toutes charges confondues (hors investissement), une place coûte 1300 euros par mois. Les tarifs, pour un temps complet, vont de 100 euros à 800 euros, c’est-à-dire un effort de la collectivité qui s’élève de 500 à 1200 euros par mois. Bien d’autres exemples montreraient qu’il y a une vraie participation à la redistribution des revenus au niveau municipal également.

Mais avez-vous des aides pour amortir ces déficits ?

Michel Teulet : Pour la restauration scolaire, rien. Pour les crèches, la caisse d’allocations familiales nous apporte une aide. Le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, qui le faisait également, a décidé brutalement, il y a quelques années, de tout supprimer.

Ce n’est pas la seule forme de solidarité ?

Michel Teulet : Non bien sûr. Outre cette solidarité en faveur de la petite enfance et de l’enfance, celle-ci s’exerce envers toutes les composantes de notre population. Le Centre Communal d’Action Sociale, CCAS, vient en appui aux personnes en difficulté momentanée ou plus structurelle. Plusieurs types d’aides financières peuvent être accordés. Une aide alimentaire vient renforcer ces dispositifs grâce à l’Épicerie sociale à laquelle la Ville est associée. Les seniors sont aussi au centre de cette solidarité non seulement par des aides matérielles, qui restent indispensables, mais aussi par tout un dispositif de maintien à domicile. Bien sûr l’animation culturelle, sportive ou de loisirs complète ces dispositifs.

Si les impôts locaux n’ont pas augmenté, certains ont crié à la création d’un nouvel impôt lors de la mise en place du stationnement payant.

Michel Teulet : Toute personne de bonne foi sait qu’un droit de stationnement n’est pas un impôt. Si vous ne stationnez pas, vous ne payez pas, contrairement à un impôt.

Stationnement : des arrière-pensées politiques à l’approche des élections municipales.

On peut dire pourtant que certains ont « râlé »…

Michel Teulet : Le mot est faible, mais les arrières pensées politiques n’étaient pas loin à l’approche des prochaines élections municipales. D’ailleurs les principaux leaders de la contestation ont fortement élargi le champ de leur discours.

Ce stationnement payant était-il vraiment nécessaire ?

Michel Teulet : Bien-sûr, ce n’est pas une idée qui m’est venue soudainement. Je rencontrais des Gabiniens habitant autour des gares, qui me disaient leurs difficultés face à l’arrivée, chaque matin, de voyageurs issus des villes voisines et qui me parlaient de faire payer le stationnement. Je rencontrais des commerçants du centre-ville me demandant de prendre des mesures pour assurer la rotation des véhicules. On sait très bien que beaucoup se contentaient de tourner leur disque de zone bleue. J’en ai parlé avec beaucoup de monde.

Certains ont regretté un manque de concertation.

Michel Teulet : Il y a ceux pour qui la concertation a consisté à occuper l’Hôtel de Ville. De telles méthodes excluent leurs auteurs. Il y a ceux qui auraient voulu une concertation pour fixer les tarifs mais pour aboutir à la gratuité. Au-delà, certains n’ont pas hésité à détruire des horodateurs, telle cette opposante politique bien connue qui a été arrêtée en flagrant délit par la Police nationale, le 15 février dernier.

Pourtant Gagny n’est pas la première ville à instituer un stationnement payant.

Michel Teulet : C’est vrai et cela s’est toujours bien passé.

86% de notre voirie est en stationnement gratuit.

Les tarifs ne sont-ils pas trop élevés ?

Michel Teulet : Certains sont plus élevés dans certaines communes, moins élevés dans d’autres. Nous avons déjà fait des ajustements, nous en referons si nécessaire. Rien n’est figé, mais n’oublions pas non plus que 86% de notre voirie est en stationnement gratuit.

On assiste à une nouvelle urbanisation de notre ville.

Michel Teulet : La dernière grande vague de construction, due au retour en France des Français d’Algérie, date des années 1960. Depuis, la population de notre ville a stagné par rapport à beaucoup d’autres. Or l’urbanisme interfère sur différentes situations. Le commerce dépend pour beaucoup de deux éléments : la densité de population de l’aire de chalandise et le pouvoir d’achat de cette population. Gagny a une densité de population faible ; en Seine-Saint-Denis, 25 communes sur les 31 de plus de 20 000 habitants ont une densité supérieure à la nôtre. Nous avons besoin de construire, particulièrement en centre-ville pour accroître cette densité.Il faut aussi construire des logements en accession à la propriété pour accroître
le pouvoir d’achat, ce qui permettrait de renforcer notre commerce de centre-ville. Dans la même zone, de nombreux immeubles vieillissent ; certains deviennent dangereux. Il faut aussi y faire face.

Avec les obligations d’objectif chiffré et de densification autour des deux gares de Gagny, de nombreux promoteurs semblent s’intéresser à Gagny.

Michel Teulet : Effectivement, notre ville est actuellement très attractive et de nombreux promoteurs souhaitent y réaliser des opérations immobilières. C’est un signe positif pour notre ville dont la qualité de vie est reconnue. Je rappelle que le concours des villes fleuries est appelé « le label national de la qualité de vie ». Dans ce domaine, Gagny a obtenu la Fleur d’or 2018 qui constitue la récompense suprême. Pour autant, nous devons veiller à la meilleure intégration possible des nouveaux immeubles dans le tissu urbain existant.

Les opérations immobilières doivent s’intégrer dans notre tissu urbain.

Cela est-il simple à réaliser ?

Michel Teulet : Non, je dirais même que c’est assez difficile, dans la mesure où le droit de propriété permet à tout propriétaire d’une parcelle, bâtie ou non bâtie, de vendre celle-ci à un promoteur pour la construction d’un immeuble dans toutes les zones où le PLU le permet. N’oublions pas non plus les obligationsimposées par l’État pour faire face à la pénurie de logements en Île-de-France.

L’État nous impose de construire.

Cela concerne-t-il tous les logements ou juste les logements sociaux ?

Michel Teulet : Outre un chiffre minimum de constructions chaque année, nous avons l’obligation de détenir un minimum de 25 % de logements aidés. Nous devons surtout veiller à la cohérence de l’habitat de notre ville. Le logement doit être accessible en logement social, en locatif libre et en accession à la propriété. Construire est une nécessité parce que la pression démographique le rend indispensable si nous voulons que les enfants gabiniens puissent continuer à vivre à Gagny. Il faut aussi que les seniors qui souhaitent quitter leur pavillon puissent trouver l’appartement qui leur convient.

Cela va-t-il nécessiter des équipements nouveaux ?

Michel Teulet : Certainement et si l’État nous impose de construire, il ne prend pas, pour autant, la charge de ces équipements. La priorité c’est bien-sûr l’école et dans ce domaine nous avons anticipé depuis plusieurs années pour faire face à ces besoins nouveaux. D’autres équipements seront nécessaires dans le domaine de la petite enfance, mais aussi des seniors et de la vie sportive et culturelle. Certains projets sont d’ailleurs en cours de réflexion, parfois en liaison avec les promoteurs pour les plus grosses opérations.

Récemment le Préfet de la Seine-Saint-Denis, accompagné du Sous-Préfet du Raincy, est venu faire une « visite de ville ». Quel en est l’intérêt ?

Michel Teulet : Vous le savez, le Préfet a un rôle de contrôle sur les communes : contrôle de la légalité des actes, contrôle de la passation des marchés, contrôle budgétaire. Je considère cette démarche comme bénéfique car celle-ci permet d’avoir un avis incontestable sur la gestion municipale.

Quelle en a été la conclusion ?

Michel Teulet : Je dois dire, même si cela doit faire grincer quelques dents, que l’analyse préfectorale de notre gestion a été accompagnée de vives félicitations.

Le Préfet a vivement félicité notre gestion de la Ville.

Vous avez abordé également les problèmes de sécurité. Quelle est la situation actuelle ?

Michel Teulet : Comme je le mentionnais dans un éditorial récent, la situation est à la baisse dans notre ville en 2018, mais pour autant nous développons actuellement notre réseau de vidéo-protection pour renforcer encore la sécurité de nos concitoyens. Cela pourra se faire grâce au déploiement d’un réseau de fibre optique spécialement dédié à cette vidéo-protection.

Ces nouvelles technologies se développent-elles dans notre commune ?

Michel Teulet : Bien sûr, tout d’abord dans les services municipaux où la plupart des tâches qui se faisaient sur papier sont aujourd’hui obligatoirement informatisées et dématérialisées et cela depuis déjà bien longtemps. Mais notre action s’est portée aussi vers les écoles où, il y a quelques années, nous avons installé des classes informatiques et où, aujourd’hui, nous installons des tableaux numériques. D’ici la fin de cette année, l’ensemble des classes des écoles élémentaires seront dotées d’un tableau numérique. Bien-sûr, nous mettons aussi en place des aménagements pour le public, telles des bornes wifi, par exemple à la bibliothèque municipale ou plus récemment sur la place Foch et, bien sûr, le déploiement de la fibre optique sur l’ensemble de notre commune.

Dans d’autres domaines également ?

Michel Teulet : Oui, dans le domaine de la culture, avec la création de ce que nous appelons « Gagny Grande Scène » où la Directrice de l’informatique a joué un rôle primordiale. Grâce à des partenariats avec la Philharmonie, l’Opéra Royal de Londres ou encore la Comédie Française, nous pouvons projeter en direct ou en différé des grands spectacles d’opéra, de musique, de ballet ou de théâtre. Pour autant, la culture traditionnelle reste d’actualité comme en témoigne notre prochain « quatrième concours des jeunes pianistes Ville de Gagny ».

En cette fin d’hiver, avez-vous constaté une forte dégradation de la voirie ?

Michel Teulet : Si une partie de l’hiver a été particulièrement doux, nous avons malgré tout connu quelques périodes de neige ou de grand froid. La voirie a donc souffert. Aussi j’ai inscrit, dans le budget qui a été voté par le Conseil municipal, une somme très importante pour entreprendre des travaux. Malheureusement, nous souffrons d’une pénurie pour recruter des techniciens.

À travers ces quelques sujets, on voit que la fonction de Maire est complexe.

Michel Teulet : Aujourd’hui, tout est devenu plus compliqué. Le Maire est pris entre la pression de l’État, les attentes des administrés, la complexité des procédures, l‘accumulation des normes, les difficultés financières. Mais ça reste sans doute la fonction la plus exaltante.

Être Maire est devenu plus compliqué mais c’est la fonction la plus exaltante.

Retrouvez l’interview en deux parties dans les Gagny Mag de mars et d’avril 2019 !

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